vendredi 17 juin 2011
Lyon Urban Trail 2011
Il s’agit de la 3ème édition de cette course atypique que je suis du coin de l’œil depuis sa création sans avoir pu m’y aligner jusqu’à présent. Cette saison j’ai décidé de passer à l’acte et j’ai carrément fait du parcours long (38km et 1500m de dénivelé positif cumulé) mon objectif du printemps.
Cette année mon emploi du temps professionnel et personnel est sensiblement plus chargé que l’an passé et je me suis donc un peu calmé au niveau course à pied. Je cours moins et je tente désormais de compenser le manque de Km par des séances plus qualitatives en faisant beaucoup plus de cardio qu’auparavant. A la veille du départ, je donc suis relativement affuté. Ma vitesse de pointe est bonne mais ce qui me manque, comme d’habitude me direz vous, ce sont les sorties longues. Ceci dit c’est le constat que je fais à chaque fois que je prends le départ d’un trail et à chaque fois ça passe quand même, quitte à mettre mes tripes sur la table. Je me dis donc que cette fois ci j’arriverai à nouveau à pallier en partie ce manque de foncier grâce à mon mental de spartiate.
Ces derniers jours j’ai pas mal bougé pour le boulot et je n’ai malheureusement pas pensé à boire régulièrement. C’est le souci quand on court trop régulièrement, on finit par sous estimer la difficulté des courses et en particulier l’importance de la préparation. Je n’ai pas non plus pris le temps de racheter du Malto donc concernant la prise de glucide pré-course je vais me la jouer plus classique : Pâtes la veille et Gâteau Sport le matin.
Dimanche 3 avril 2011, à l’aube. Nous sommes au tout début du printemps mais la chaleur est déjà très bien installée cette année. Je m’habille donc comme pour courir en plein été en prenant simplement des manchons que je glisse dans mon sac avant de partir. Le départ étant en pleine ville je décide d’y aller en scooter afin de ne pas avoir de problème pour me garer. J’arrive sur place avec une confortable avance, ce qui n’est pas plus mal car, comme d’habitude, j’ai un besoin urgent d’évacuer tout ce que j’ai bu depuis le lever. Et je me confronte à la première particularité d’un Trail en milieu Urbain : il n’y a pas l’habituel petit bosquet qui permet au trailers pressés d’éviter la file d’attente des toilettes…. En effet, quand le départ se fait à la campagne, il est toujours facile de trouver un petit coin pour soulager sa vessie mais quand on est place des terreaux, c’est quand même mal vue de se ‘lâcher’ sur les vitrines des boutiques. Pour pallier à ce petit détail qui n’en est pas un, les organisateurs ont fait venir 5 ou 6 toilettes de chantiers et il y a déjà une petite file d’attente devant. Je me range donc bien sagement en attendant mon tour. Ca n’avance pas et quand ça bouge enfin, toutes les personnes devant moi se rabattent sur les autres files car les toilettes devant lesquelles nous attendons sont finalement bouchées…
N’y tenant plus j’abandonne mon poste et je commence à courir pour m’échauffer et aussi pour tenter de trouver un endroit discret pour me délester de ce surplus hydrique fort encombrant. Je finis par rejoindre les bords de Rhône où je trouve, sur un quai au bord de l’eau, un endroit rassemblant toutes les caractéristiques désirées… « Raah Lovely » comme dirait Gotlib…
La course d’avant course étant maintenant terminée, la vraie course peut démarrer. J’étais arrivé avec une avance confortable mais à force d’arpenter la presqu’ile à la recherche de toilettes, il est maintenant l’heure d’aller se positionner sur la ligne.
Je rejoins la place des terreaux et je m’installe dans le peloton assez conséquent (600 inscrit sur le parcours long, 5000 participants en tout sur les 3 parcours qui partent à des horaires différents)
Cette année cette course fait partie du prestigieux challenge Salomon et il y a donc pas mal de têtes connues aux avant-postes. Il fait assez bon donc j’ai laissé les manchons dans mon scooter et j’ai préféré la ceinture porte-bidon au camel back. Je suis en chaussures de route car même si la course a droit à l’appellation Trail, elle se court quand même à 95% sur du bitume.
8h30, le départ est donné et d’entrée de jeu on s’enfile dans le tunnel routier qui monte droit dans la pente de la colline de Croix Rousse. C’est un peu osé comme démarrage mais ça a le mérite d’étirer le peloton ce qui est bien pour la suite. Je cours dans toute la montée et arrivé en haut on commence à enchainer les montées et descentes d’escalier.
Les escaliers. Voici la particularité numéro 1 de cette course. Plus de 7000 marches au total. C’est vraiment un aspect de ce trail qui nécessite un entrainement particulier, tant pour acquérir la technique indispensable pour les descendre rapidement que pour habituer les cuisses à subir les chocs que cela entraine. C’est une chose que j’avais là aussi complètement sous estimée.
Nous sommes au début de la course et je suis encore un peu trop loin dans le peloton par rapport à mon niveau. Sur le plat et en montée, je double donc des coureurs pour remonter petit à petit. Arrive la première descente d’escaliers, que j’aborde comme n’importe quel habitué du métro parisien, c'est-à-dire à base de petites foulées rapides. Et là je me fais redoubler par des coureurs qui sautent les marches deux par deux…
Je comprends alors très vite que si je veux être à ma place sur ce trail (c'est-à-dire fin du premier tiers), il va falloir que j’apprenne très vite cette technique. Je m’y risque donc dès la deuxième portion de descente d’escaliers en mettant mes pieds de travers pour éviter de glisser sur les marches à la réception des sauts et… ça passe. C’est fou comme on assimile vite quand on a la pression ;o)
Je ferai toutes les descentes comme cela, sautant les marches 2 par 2 et ça me permettra de continuer à doubler, même en descente, jusqu’à arriver dans un peloton qui court à ma vitesse. Il ne me reste maintenant plus qu’à tenir cette place sur la durée.
Pour les montées d’escaliers, il y a également une technique à laquelle je n’avais pas réfléchi mais que je vais rapidement apprendre sur le tas : le tirage de rampe.
En effet la majorité des escaliers lyonnais étant étroits on se retrouve souvent à côté d’une rampe et pour soulager au maximum les cuisses dans les montées, la technique consiste à se hisser avec les bras en tirant sur la rampe afin de répartir les efforts sur les bras et les jambes.
Là vu que j’ai de grand bras, j’arrive rapidement à maitriser cette technique.
9h30, je cours depuis une heure, le temps est beau, la ville est belle, je ne suis pas en grande forme mais pour le moment ça passe. Le parcours est très original et je suis plutôt bien placé, même un peu au dessus de mon niveau normal. Cette première heure de course m’a permis de réaliser une chose : j’avais nettement sous estimée la difficulté physique de cette course : le bitume, les descentes et montées successives d’escaliers, la quasi absence de sections plates, tout cela fait travailler énormément les muscles. Les jambes ‘tapent’ énormément dans les descentes d’escaliers ce qui est également particulièrement traumatisant pour les genoux et les cuisses. Cependant, je reste confiant en ma bonne étoile et je me dis que ça va passer même si bien sur je serai certainement obligé de baisser l’allure en fin de course.
Ma vessie recommence à m’embêter et me contraint à une pause technique sur les bords de Saône. En redécollant je sens que ça devient de plus en plus difficile. Nous passons dans de nombreux endroits incongrus comme cette ancienne piste de ski, située en pleine ville, sur la colline de Fourvière ou ce passage dans les jardins privées d’un couvent, normalement fermés au public. Il y a également un passage magnifique dans l’amphithéâtre romain de Fourvière. En revanche, aucune traboule au programme. Je suis déçu car je m’attendais à en faire au moins un ou deux mais je conçois que ça soit difficile de faire passer autant de monde dans un couloir d’immeuble classé au patrimoine mondial de l’Unesco. En tout cas on sent que les organisateurs ont beaucoup travaillé sur ce parcours car on ne cesse de monter, de descendre, de tourner et de retourner. Cela nécessite un nombre impressionnant de bénévoles car il y a des changements de directions tous les 50 mètres. Les différents parcours (38km, 21km, 12km) se croisent, se regroupent et se séparent à tout bout de champ ce qui complique également la signalisation. Même s’ils n’ont pas eu à affronter les contraintes de la montagne, les organisateurs ont tout de même réussi une belle prouesse logistique.
De mon côté, les exigences si particulières de ce format de course commencent à avoir raison de mes muscles et, à mi course, je suis déjà dans le rouge. Il fait anormalement chaud pour la saison et je transpire beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais pour un mois d’avril. Je pense m’hydrater à peu près correctement mais je n’avais pas pris trop d’avance à ce niveau là les jours précédents la course. Je manque également de kilomètres et les escaliers obligent mes cuisses à travailler énormément en montée comme en descente… Mes jambes commencent donc à être bien raides. Alors que nous abordons enfin une section plus roulante sur les bords de Saône mes compagnons accélèrent mais moi je n’y arrive pas. Je plafonne à 9km/h… A ce moment là de la course, je suis 150ème sur 600.
Je commence donc à perdre des places, comme d’habitude à mi course me direz vous, sauf que cette fois ci je perds des places assez rapidement et à 10km de l’arrivée je suis 187ème. Les seules personnes que j’arrive à doubler sont les concurrents des 2 autres formats, dans les portions que l’on partage avec eux. Sur le grand format, ce sont ensuite des wagons entiers de coureurs qui me doublent car mes mollets et surtout mes cuisses sont au bord de la crampe.
Dans une telle situation sur un trail normal j’arrive à courir ‘sur une jambe’ en essayant de ne pas trop solliciter le muscle qui pose souci mais dans des escaliers, on ne peut ni monter, ni descendre sur une jambe et les crampes finissent donc inévitablement par se déclencher, d’abord à gauche, puis à droite, d’abord aux cuisses puis aux mollets. Je m’arrête plusieurs fois pour m’étirer mais rien n’y fait. C’est la totale : cuisses et mollets sur les deux jambes, en 8 ans de course à pied je n’ai jamais eu à subir ça, même sur la saintélyon, le marathon du mont blanc ou l’X-trail de Courchevel…
J’avais pourtant mis mes manchons de compressions sur les mollets et sur les cuisses mais ils ne peuvent pas faire des miracles. Nous sommes à 10km de l’arrivée et je n’arrive déjà presque plus à courir. Dans les montées c’est exclu, je descends désormais les escaliers à 2 à l’heure et sur le plat, je trottine à 5km/h en serrant les dents. C’est long et c’est dur de voir tous ces gens qui me doublent. Sur les 10 derniers kilomètres, que je vais mettre une heure et demie à parcourir, je vais perdre 110 places !
Je fini par baisser mes manchons de compression de cuisses pour essayer de les faire respirer un peu plus. Ca va à peine mieux.
Je sers les dents et je m’accroche dans les dernières portions d’escaliers et au milieu des habitants de croix rousses qui nous croisent avec un regard étonné en revenant du marché dominical. Je déprime en voyant que je vais à peine plus vite que les personnes qui s’étaient inscrites au parcours ‘randonneurs’. Dans le dernier kilomètre on passe enfin dans une traboule. A la vitesse qui est la mienne, j’ai le temps de savourer ce passage tant attendu
Connaissant bien les lieux, je sais que l’arrivée n’est plus très loin et je me traine jusqu’au bout, arrivant même à sourire aux photographes qui sont postés dans la magnifique cour intérieure de l’hôtel de ville. C’est d’ailleurs super sympa de nous faire traverser cette cour avant le passage de la ligne. C’est un endroit qui n’est normalement ouvert que pendant la fête des lumières et encore, pas tous les ans. Je passe sous l’arche d’arrivée en 4h44 soit plus de 30 min de plus que mes estimations. A quelque places près, je suis encore dans la première moitié du peloton car je suis 296ème sur 600 mais j’ai quand même habitude de finir plus haut dans le classement (fin du premier tiers) et je visais la fin du premier quart aujourd’hui…
Je suis forcément déçu mais je suis surtout énervé. Je m’en veux d’avoir sous estimé cette course sous prétexte qu’elle se déroulait en ville. Je m’en veux d’avoir été trop présomptueux, trop sûr de moi face à ces distances marathon qui même si on les a déjà couru des dizaines de fois, méritent notre respect.
A l’arrivée, Extra Sport (la société d’événementiel sportif organisatrice de cette course et également de la saintélyon) a installé le même buffet de mâchons lyonnais que pour la saintélyon. Autant je n’ai pas bien géré ma course autant je crois m’en être bien sorti sur le buffet que j’ai squatté pendant un bon quart d’heure, engouffrant une quantité assez impressionnante de saucisson, pain et fromage. Si cette course s’était intitulée ‘Lyon Urban Buffet’, je crois que j’aurai fait une bonne place ;o) On se console comme on peu…
Je m’assoie ensuite sur le bord de la fontaine des terreaux pour permettre à mon estomac malmené par la course de digérer mon festin, profiter du soleil et savourer cette ambiance toujours agréable d’après course ou les langues se délient et où l’on « refait le match » entre membres de la grande famille du trail.
L’arrivée place des terreaux c’est génial, par contre forcément il n’y a pas de douches (on ne peut pas tout avoir non plus). J’hésite à aller voir les masseurs mais comme d’habitude il y a vraiment trop de monde donc je me lève ensuite pour aller regarder la remise des prix sur le podium. Il y avait vraiment du beau monde dans le peloton et j’aperçois quelques grandes figures du trail en France. Le vainqueur est le même que l’an passé. Un petit gars de la région de St Etienne qui vient de la course en montagne et qui a couvert le parcours dans un temps canon : Emmanuel Meyssat
Parmi les inscrits je n’étais pas le seul de Bureau Veritas. Il y avait également un collègue lyonnais que je n’ai jamais vu et que je n’ai pas réussi à croiser aujourd’hui non plus car il était inscrit sur le 12km qui partait plus tard et arrivait plus tôt que ma course. Il était novice en trail mais il s’en est très bien sorti.
Une fois la remise des prix terminées, je retourne vers mon scooter et vue la vitesse à laquelle je me déplace avec mes jambes de bois je me dis que j’ai vraiment de la chance d’être en 2 roues aujourd’hui. En effet je pense que mes crampes m’auraient énormément gênés pour conduire une voiture. Il faudra d’ailleurs 4 jours avant que les habituelles courbatures d’après courses disparaissent. Autant que pour la Saintélyon alors que j’ai couru 35km de moins…
Cette expérience m’aura remis à ma petite place de trailer du dimanche. A force d’enchainer les courses de plus en plus longues on finit par se croire trop fort. Or la beauté de ce sport tient justement au fait que la difficulté d’un trail ne se mesure pas qu’au nombre de kilomètres. Chaque itinéraire est heureusement très différent et le topo guide ne dit pas tout.
Sinon le tracé de cette course était vraiment sympa et c’est une course que je recommande. Je pense par contre que le parcours de 21km doit être plus agréable que le 38 car pour atteindre ce kilométrage on a fait une rallonge assez inutile sur le plan touristique le long de la Saône et derrière la colline de croix rousse. Le parcours du 21 restait dans les quartiers les plus beaux et physiquement il était, bien sûr, beaucoup plus facile à digérer.
Cette course m’a permit de découvrir de nouvelles parties de cette ville d’adoption que j’aime de plus en plus et m’a servi de bel avertissement : il va falloir que je revois ma préparation si je ne veux pas trop souffrir sur mon objectif de l’année : le Courchevel X Trail le 10 juillet prochain.
jeudi 17 février 2011
Saintélyon 2010
Samedi 4 Décembre 2010. Les collines qui entourent mon village sont blanches. Un beau soleil brille dans un ciel d’azur. Les couleurs sont belles. L’air est froid et sec. Bref, en fermant les yeux on se croirait aux sports d’hiver.
Pourtant ce n’est pas un slalom spécial qui m’attend ce soir mais bien un course à pied. Du moins, sur le papier ça l’était, lorsque je m’y suis inscrit il y a plusieurs moi déjà. Cette course, c’est la doyenne de la course nature en France, la course la plus courue de l’année dans le Rhône et un passage obligé pour tout ultra marathonien ou trailer qui se respecte : la Saintélyon.
La « Sainté » je m’y suis déjà confronté l’an dernier et j’ai vaincu ce rite initiatique en bouclant en 7h40 les 69km qui séparent Saint Etienne de Lyon.
L’an passé jetais humble et craintif devant toutes les difficultés que représente une telle course. La distance tout d’abord (plus d’une fois et demi un marathon), la nuit ensuite (la course part à minuit) et les monts du lyonnais pour finir (1300m de dénivelé positif cumulés pour 1700m de dénivelé négatif cumulé). A ce programme déjà copieux 2 ingrédients particulièrement épicés sont venus s’ajouter en 2010 : le froid et la neige.
En effet la température n’est pas passée au dessus de 0 degré depuis 10 jours et de fortes chutes de neiges ont transformés cette semaine la région lyonnaise en une véritable station de sport d’hiver.
On aura donc de la neige, c’est un fait. Naïvement je pensais qu’il n’en resterait qu’un peu et que sur les parties de la course qui empruntent des chemins (cela représente la moitié du kilométrage)
En réalité nous courrons 70% du parcours sur la neige et y compris sur de nombreuses portions empruntant la route.
1. L’avant Course
Cette année encore, je ne suis pas parti seul dans cette galère. Je suis accompagné de mes habituels compères de Bureau Veritas (David et Roxanne) ainsi que de deux amis (Julien et Eddy). David, a déjà terminé la Saintélyon, c’était en 2008 et Roxanne était au départ avec moi l’an passé mais elle a du abandonné dans la dernière partie pour cause d’hypoglycémie.
Eddy vient de Londres tout spécialement pour passer cette nuit blanche en France et Julien ne pourra finalement pas participer car il est victime depuis quelques semaines du syndrome de l’essuie glace qui, bien qu’il ait un nom pour le moins rigolo, ne fait pas du tout rire les coureurs qui en souffre.
Compte tenu de mon emploi du temps de jeune cadre dynamique et de papa modèle, mon niveau d’entrainement n’est pas trop mal cette année. Par rapport à 2008, j’ai effectué moins de kilomètres en septembre et octobre mais en réalisant 2 courses sur route sur lesquels j’ai battu tous mes records de vitesse. En novembre en revanche j’ai couru plus de kilomètre qu’au cours d’aucun autre mois de ma vie auparavant : plus de 200kms en tout.
Ce qui me manque, comme d’habitude, ce sont les sorties longues car la majorité de ces kilomètres ont été réalisés lors de séances de 10 ou 11km
Malgré la neige et le froid je suis donc beaucoup plus serein que l’an passé car je sais que je n’aurai pas pu m’entrainer plus et surtout je sais désormais que j’ai la distance dans les jambes. Je sors de ma plus grosse saison de trail de ma carrière (cette sainté sera ma 4ème course de plus de 40km de l’année) et j’aurai également fait 3 courses de 20km et une de 15. Je connais le parcours, je suis mieux équipé (mon petit sac Salomon est plus beaucoup léger que le fidèle sac Décathlon qui m’a accompagné ces dernières années). De plus je sais mieux gérer mon alimentation et ma consommation d’eau.
Pour faire le plein de sucre lents, cela fait 3 jours que je sirote du malto, boisson riche en sucre lent et qui permet de faire le plein sans se goinfrer de pates à tous les repas. Depuis que j’ai découvert cette boisson, je suis devenu un adepte et la mère Lustucru à beau me répéter qu’elle a les mêmes à la maison (de sucre lents), je n’y reviendrai pas ;o)
Même si je suis plus serein qu’en 2009, je n’ai pas résisté au classique achat impulsif de dernière minute et 2 jours avant la course je me suis acheté une nouvelle poche à eau avec un tube protégé par du néoprène pour éviter que l’eau n’y gèle.
Samedi, après une dernière sieste, j’embrasse ma femme et mes enfants, et je file vers Gerland pour y garer la papamobile et y retrouver Roxanne qui me ramène chez elle.
On passe prendre David chez lui à Brignais et on va chez Roxanne pour diner. Au menu ce sont … des pates bien sur !
On s’habille ensuite bien au chaud, c’est beaucoup plus sympa que de le faire dans le hall de départ au milieu de l’agitation (c’est ce que j’avais du faire l’an passé). Me pensant plus fort que le vent du nord, je tente de ne mettre que mon T-shirt manche longues sous le coupe vent. Je mets ma mini polaire dans mon sac pour pouvoir me changer si jamais une vague de faiblesse me submerge avant le départ.
Puis Vincent, le mari de Roxanne, nous emmène très gentiment à saint Etienne. La encore, c’est beaucoup plus agréable que le train. C’est année décidément, c’est grand luxe !
Nous voici arrivés au parc des expositions de Saint Etienne. L’an passé les organisateurs de la course n’avaient réservé qu’un seul hall sur les 2 et le deuxième était occupé par un concours bovin. Cette année les 2 halls sont réservés par la Saintélyon et les bêtes à cornes ont été remplacées par des bêtes en collants. Offrir plus de place à toutes les personnes qui arrivent longtemps à l’avance et passent toute la soirée dans le hall de départ, c’était effectivement une bonne idée.
Malheureusement les nouveautés 2010 ne s’arrêtent pas là et l’organisation a aussi décidé de changer le système des dossards pour remplacer les nombreuses files d’attentes par une seule et unique grosse file qui se sépare en différent postes uniquement sur la fin. L’idée est clairement moins bonne car du coup cela créer un goulot d’étranglement et l’on fait la queue presque 45min pour récupérer nos dossards.
Après cette longue attente on retrouve Julien et Eddy et on attend avec eux que l’heure du départ s’approche en faisant les derniers préparatifs.
Le froid est intense, il fait moins 7 degrés et je change donc de tactique en remplaçant mon T-shirt manche longue par ma petite polaire de course. Je met également mes gants de vélo au lieu des petits gants de soie. Je mets un Buff autour du le cou, un bandeau sur les oreilles et un autre Buff par-dessus ma grosse tignasse.
J’ai délaissé mes collants Raidlight super légers pour mon vieux collant Décathlon, beaucoup plus lourd et moins technique mais aussi beaucoup plus chaud.
On met ensuite nos sacs dans les bus en partance pour Lyon. Cette fois encore on va essayer d’arriver avant eux mais cette fois encore je doute qu’on y arrive ;o)
A cause du froid on attend le dernier moment avant de sortir du Hall et, à en croire le nombre de coureurs encore à l’intérieur, on n’est vraiment pas les seuls à rechigner à affronter la rigueur de cet hiver anticipé. On ne sort dehors que 5min avant le départ et, du coup, on se retrouve très très loin sur la ligne. On n’entend même pas le speaker ni la musique, dommage.
2. La Course
On n’entend pas le décompte mais on voit au loin que le début du troupeau s’emballe : C’est parti ! Il nous faudra environ 4 min pour passer sous l’arche de départ.
En parlant de chronométrage, et donc de montre, j’avais prévu un super système pour mettre mes temps de passages cibles dans ma toute nouvelle montre GPS, que j’étrenne aujourd’hui. Mais en allumant la montre quelques minutes avant le départ je me rend compte que la synchro n’a pas fonctionné... Tant pis, de toute façon le temps cible de 7h20 que je m’étais fixé il y a longtemps n’est pas tenable avec la neige.
On part gentiment car on est « dans le paquet » mais avec David on commence rapidement à zigzaguer car on ne veut pas être trop loin dans le peloton quand on arrivera sur les portions de chemins.
Après quelques kilomètres sur le bitume, on distance Roxanne et Eddy et je commence déjà à avoir chaud ! J’enlève donc le Buff que j’ai autour du coup
On continue à serpenter dans la foule et on arrive bientôt sur les chemins. Je profite de la montée de sorbiers, une des dernières sur route, pour changer de gants et mettre remplacer mes gants de vélo, trop chaud, par mes gants de soie. Qui a dit qu’il faisait froid finalement ?
On arrive sur le premier chemin où la neige nous attend de pied ferme et plein de mecs s’arrêtent sur les côtés pour…chainer ! En effet, une marque canadienne propose des sortes de petites chaines qui s’adaptent sur les chaussures de marche ou de trail et visiblement beaucoup de coureurs ont investis dans cet accessoire.
Moi je n’ai pas de chaines et en plus mes pneus ne sont pas neufs ! J’attaque donc tout droit et la neige est bien là. Il y a même une belle couche de neige assez fraiche. On perd donc un peu d’accroche mais pas trop et c’est plutôt agréable.
Je commence à avoir du mal à suivre David et j’ai envie de soulager une vessie qui n’a visiblement rien écoutée quand j’ai dis que cette année j’arrivais à bien gérer mon hydratation.
Je fais donc une mini pause pipi et ça me fait du bien de m’arrêter 10, 15 secondes. Quand je repars, je vais de mieux en mieux.
On arrive sur quelques passages en descente ou il y a une très belle couche de poudreuse dans les champs qui bordent le chemin. Je m’écarte donc un peu et je descend droit dans la « peuf » à grande enjambées. J’ai beaucoup plus d’accroche que sur la neige déjà tassée du chemin et du coup je fais ma trace en doublant tout le monde, quel pied ! Les trails blancs proposés dans les stations de sport d’hiver ça doit être super sympa en fait ;o)
Quand la neige et plus travaillée et le terrain est plat ou en montée je reviens sur le chemin et c’est beaucoup plus physique car les appuis sont fuyants. Il devient peu à peu très difficile de doubler mais d’un autre côté j’ai de moins en moins besoin de le faire car je commence à arriver dans la partie du peloton qui coure à mon allure. Je me contente de doubler des paquet de coureurs dans les descentes ou je peux passer sur le côté dans la poudre. Visiblement la plupart de ces personnes doivent rester bien sagement sur les pistes quand elles vont au ski ;o)
Je tiens finalement un bon rythme et je rattrape même David qui m’annonce qu’on est toujours dans les temps pour l’objectif de 7h20. Vu la difficulté de progression par rapport à une année normale on va clairement trop vite. Je le sais mais comme d’habitude, je continue sur le même rythme en me disant que ce qui est pris n’est plus à prendre.
Depuis que j’ai commencé la course à pied, je passe systématiquement les secondes parties de course à perdre des places et cette Saintélyon confirmera à nouveau cette règle….
Je sais pertinemment que ce n’est pas la bonne tactique et pourtant, à chaque fois je refais pareil car j’aime trop … doubler. L’orgueil, c’est un péché me direz vous ? Vous avez bien raison et c’est un péché et il me perdra, dans la vie comme sur les stades ;o)
Dans les portions de chemins un peu plus larges je finis par doubler un peu plus facilement et je distance un peu David pour passer au ravitaillement de Saint Christo en 1h36, donc quasiment dans les temps pour l’objectif final de 7h20.
Je prend un verre de Redbull, quelques bricoles à manger et comme l’an passé il y a des barres énergétiques d’une marque qui sponsorise la course. Ces barres coutent assez cher dans le commerce donc j’en prend quelques unes que je met dans mon sac et je repars. Je dois être le seul coureur à avoir fini la course avec un sac plus rempli à l’arrivée qu’au départ ;o) Vous aurez compris que mon second plus gros défaut après l’orgueil c’est l’avarice...
J’essaye de continuer sur le même rythme mais ça commence à glisser sous les semelles. Globalement cela reste super agréable grâce à l’ambiance féérique dans laquelle on évolue : les « lucioles », la neige, les lumières de la vallée, le ciel face à nous rougie par les lumières de Lyon. On a l’impression que le soleil va se lever tellement c’est lumineux.
J’arrive à Sainte Catherine avec des jambes qui commencent à se durcir. J’y suis en 2h57 donc avec 7 min de retard sur l’objectif. Cela reste néanmoins très très bon comme temps. Inespéré même car ça doit correspondre à mon temps de l’an passé sauf que l’an passé on était partis en queue de peloton et il n’y avait pas de neige.
Je recharge mon Camel back en eau et en produit énergétique mais ca me prend un peu de temps car je galère avec la poudre et surtout je trempe mon sac dans l’eau en voulant remplir la poche à eau.
Je repars donc avec un sac qui goutte. Et de l’eau qui ruissèle le long de votre dos, de vos fesses et de vos jambes quand il fait moins 8, ce n’est pas super top…
Un peu plus loin je glisse et je dois mettre la main dans la neige pour me rattraper… avec des gants de soie. Voici donc que ma main aussi est gelée maintenant, au moins comme ça elle est en harmonie avec mes fesses et si je continue à ce rythme je vais virer à la sculpture sur glace ;o)
A Sainte Catherine on est à mi parcours et une nouvelle course commence pour moi : Après le rêve, le cauchemar !
Bon j’exagère un peu pour romancer bien sur mais c’est avec des jambes bien dures, trop dures, que je repars de « Sainte Cath’ ». A partir de ce moment, je ne vais cesser de me faire doubler jusqu’à la fin de la course. Je n’arrive plus à courir vite, même dans les descentes et je trottine à 9km/h maximum et beaucoup plus souvent autour de 8
Autre paramètre important : cette année une seconde course a démarré de Sainte Catherine : la Saintéxpress. Cette « mini SaintéLyon » était ouverte à 2000 coureurs et elle a démarrée à minuit.
Je suis actuellement autour de la 700ème place sur la course ‘longue’ donc ça fait environ 2700 coureurs en tout qui ont foulé le parcours avant moi et ça a suffit pour virer la neige par endroit et libérer ainsi de belles plaques de glaces qui nous tendent les bras sur ces petites routes de campagne.
A partir de Sainte Catherine on a aussi beaucoup plus de bitume que sur la première partie du parcours et cette année, bitume, est synonyme de glace.
On court donc plus lentement, les yeux concentrés sur les pièges de la route, les jambes bien pliées, prêt à tomber à chaque instant, c’est épuisant tant physiquement que psychologiquement.
Mais ça vaut la peine d’être à l’affut car très régulièrement l’un d’entre nous se lance dans des chorégraphie digne de Candelloro au temps de sa splendeur : Tiens un double axel !, oh un triple boucles piqué enchainé avec un double flip !!
J’avais croisé Nelson Montfort sur le X Trail de Courchevel et je crois qu’il aurait vraiment apprécié de commenter cette Saintélyon ;o)
Les juges en revanche ne nous auraient pas mis de super notes car les réceptions laissent à désirer et 1 fois sur 2 ça finit le postérieur à terre et les 4 fers en l’air.
Malgré toutes les précautions que je prend, j’ai moi-même fais quelques belle figures mais l’équilibre que j’ai acquis lors des kilomètres de rollers parcourus pendant mes études m’a permis d’éviter la chute, du moins pour le moment. Jusqu’ici tout va bien comme disait l’autre, mais l’important, ce n’est pas la chute … c’est l’atterrissage !
J’arrive à Saint Genoux en 4h13 donc avec 20 min de retard sur l’objectif. Maintenant, mon souhait se résume simplement à finir en moins de 8h.
Le parcours descend ensuite très longuement vers soucieux et cette descente est super dure pour mes cuisses douloureuses. Je passe au kilomètre 42, qui est la distance d’un marathon, en 4h50 alors que j’avais mis 4h30 pour attendre ce point l’an dernier.
Je continue d’avaler cette (trop) longue descente aussi vite que mes jambes de bois me permettent d’aller.
Cela m’amène à Soucieux en Jarrest en 5h12 (au lieu de 4h46 sur mon plan initial). L’écart continue donc logiquement de se creuser.
On descend ensuite vers le Garron, petit ruisseau inconnu du grand public mais célèbre parmi les participants de la SaintéLyon car il creuse une petite vallée qui constitue un des points les plus bas (et les plus humides) du parcours. Et qui dit descente dit remontée bien sûr…
Un petit pont extrêmement glissant permet d’enjamber le Garron. Je m’accroche fermement à la rambarde et j’accède au début de la montée où, pour la première fois du parcours, la neige fait place à la boue, beaucoup plus courante sur cette épreuve. Sur les premiers mètres de cette petite montée, je tente de passer sur les côtés, comme la plupart de mes compagnons mais le chemin étant bien creusé, la pente nous fait à nouveau glisser vers le centre. Je finis donc par abandonner et j’avance droit dans le tas…de boue.
Ca glisse, c’est froid, et je me dis que finalement, la glace ou la boue c’est bonnet blanc et blanc bonnet ;o)
Mes jambes ne me permettent plus de faire le fanfaron en montée et je marche de plus en plus régulièrement. Ce sont désormais des wagons entiers de coureurs qui me dépassent. Il y a les derniers coureurs de la Saintexpress et les tout meilleurs relais (qui sont partis de saint etienne à 2h du matin) mais l’immense majorité des personnes qui me doublent sont des concurrents directs sur l’épreuve solo du grand parcours de 68km.
Nous somme maintenant dans Champonost et, dans une ruelle en descente, un gars pas loin derrière moi fait un beau vol plané avec réception sur le derrière. Il reste allongé par terre, je lui demande si tout va bien et il tarde à répondre. Inquiet, je m’arrête et je m’apprête à remonter vers lui quand il se relève finalement en serrant les dents et en me faisant signe que c’est OK. Je continue donc ma route en me félicitant d’avoir réussi à éviter les chutes jusqu’à présent. J’ignorais bien sur à ce moment là que j’étais en train de vivre mes dernières kilomètres d’homme « valide » ;o)
En effet dans la descente vers les aqueducs romains de Beaunant on passe dans une autre petite ruelle en pente qui mène vers un passage très technique dans un parc avec d’énormes marches datant elle aussi de l’époque romaine. Mais avant même d’arriver à cet obstacle, je me fais avoir par une faute d’inattention.
La ruelle précédente était plutôt bien dégagée et j’avais accéléré un peu (si tant est qu’on puisse encore parler d’accélération en regardant ma démarche saccadé d’octogénaire qui a perdu sa canne). J’arrive donc dans cette ruelle avec un peu trop de confiance en mes appuis et je ne ralentis pas assez sur une plaque louche, la sanction est immédiate : je me retrouve sur les fesses, embarqué dans une séance de luge improvisée qui se terminera sur le bas côté 10 mètre plus loin.
Le fait d’avoir glissé si longtemps a du amortir un tout petit peu ma chute car je me relève très rapidement mais je reprends ma course à une allure encore plus réduite (surtout que le passage qui arrive est justement le passage dangereux avec les grandes marches) et je comprend, à ce moment là, que je vais devoir finir toute la course avec « le cul en feu » pour parler vulgairement (veuillez m’excuser pour ce niveau de langage inapproprié mais j’avais vraiment trop mal pour rester poli ;o) )
J’arrive à Beaunant en 6h48 a lieu de 6h05. L’écart continue donc de se creuser et, maintenant plus que jamais, je ne suis pas en état d’inverser la tendance.
Vu le nombre de gens qui m’ont doublé depuis la mi course, je m’étonne de ne toujours pas avoir vu aucuns de mes compagnons. En effet ni David, ni Roxanne, ni Eddy ne m’ont doublé, ou alors je ne les ai pas vus passer. Je me dis qu’ils ont du me passer à un ravitaillement sans que je les vois ou qu’ils sont, eux aussi, en train de se masser le derrière à côté d’une plaque de verglas qui les regarde avec un petit sourire en coin.
Je ne m’arrête quasiment pas au ravitaillement qui précède la mythique montée de Ste Foix car je sais que je vais marcher pendant toute cette montée et peut-être encore un peu après. Cette montée propose les % de pente les plus importants du parcours et comme, en plus, elle est située en fin de course, à un moment ou tout le monde est en mode « survie », elle marque durablement les esprits et les mollets.
Tout le monde marche dans cette côte mais je me fais quand même doubler par des participants qui marchent plus vite que moi.
En haut je me force à recourir, c’est dur dur. Je trottine à peine quand soudain une voix derrière moi m’interpelle « Fabien ? C’est toi ? »
C’est Roxanne qui vient de me rattraper et qui s’étonne de me voir là. Elle pensait que je caracolait beaucoup plus haut dans le classement car elle se rappelait de la belle perf que j’avais réalisée fin juin au marathon du Mont Blanc. Seulement voila, à chaque course les sensations sont différentes est les jambes qu’on m’a livrées aujourd’hui ne sont pas les mêmes que celles qui m’avaient permis de passer sous la barre des 6 heures à Chamonix.
Je lui dis que je suis dans le dur et qu’elle ne m’attende pas car je vais la ralentir.
Sympa, elle insiste quand même pour rester un peu avec moi et me pousse à courir plus vite pour la suivre, je m’accroche et petit à petit j’arrive à nouveau à allonger un peu la foulée. On frise même les 10km/h, c’est énorme compte tenu de mon état, ça équivaut à une 2CV qui passe les 130km/h sur l’autoroute ;o)
En courant j’avais réalisé que j’avais oublié chez elle mon manteau avec les clefs de ma voiture dans la poche (la même voiture que j’avais justement garé la veille sur le parking de Gerland). Je pensais appeler Roxanne après la course pour qu’elle demande à Vincent de me ramener mon manteau à l’arrivée donc je profite qu’elle soit à côté de moi pour lui en parler.
Du coup elle s’arrête sur le champ pour appeler Vincent. Je suis gêné de lui faire perdre du temps à cause de mon oubli mais heureusement finalement qu’elle l’a appelé en course car en fait il était sur le point de partir de chez eux. Pendant qu’elle appelle je continue un peu puis je m’arrête pour me rattrape, ce qu’elle fait sans soucis. Elle est en super forme par rapport à moi et aussi par rapport à la majorité des coureurs autour de nous. Je suis vraiment impressionné.
Je continue à la suivre mais la rue est à nouveau un petit peu en pente pour atteindre Fourvière et je décroche. Je la laisse filer et doubler à tout va et je reprend mon rythme d’escargot.
Je rentre dans Lyon en 7h22 au lieu de 6h27. Bientôt une heure de retard, si j’étais contrôleur SNCF, je pourrai commencer à préparer les enveloppes de remboursement ;o)
Dans la descente ca va un petit peu mieux mais arrivé au niveau de la Saône le parcours emprunte les bords de Saône pour filer jusqu’à Confluence. C’est sympa de nous faire passer par là car c’est un ancien quartier industriel en pleine mutation ou l’on pas trop le droit de passer en temps normal en raison de tous les chantiers encore en cours. Le sud de la presque-Ile est principalement occupé par d’anciennes friches industrielles qui sont actuellement remplacés par des immeubles design et une marina pour bateaux de plaisance, c’est très sympa et même si ce n’est pas fini ça en jette déjà. Ce qui est sympa aussi c’est le vent ! De face bien sur et bien corsé. Je laisserai les bateliers débattre au café du coin sur la force du vent ce matin là mais ça moutonnait sur la Saône et sur le Rhône également.
Les chemins sont à nouveau glacés et il est très fatiguant de courir contre le vent donc je me suis remis à marcher. En faisant cela, je fais un croix sur une arrivée en moins de 8h…
Quand on arrive à confluence il y a des vagues qui moutonnent sur le fleuve qui est extrêmement large à cet endroit là. C’est vraiment impressionnant et je fais bien attention de ne pas glisser dans l’eau à cause de la glace sur les berges. Après avoir connu une ambiance très montagnarde sur le haut du parcours, nous voici dans un décor pour le moins marin, face aux embruns et à la « mer » démontée, tout ça à quelques kilomètres de distances, dans la même nuit et en pleine ville : C’est ça aussi la magie de la Saintélyon.
On fait demi tour à confluence et on se retrouve donc avec le vent dans le dos, ce qui me permet de recommence à trottiner jusqu’au pont Pasteur. On traverse le pont et nous continuons notre à nouveau les berges mais ce sont désormais celles du Rhône. Et notre copain Eole ne nous a pas oublié, il continue à nous souffler en plein visage. Je tente de courir pour la gloire mais je dois à nouveau me rendre à l’évidence : mes jambes sont trop raides, le sol est trop glissant et il y a trop de vent. Je me remet donc à marcher. Le jour s’est bien levé déjà alors que l’an dernier j’étais encore arrivé de nuit. « Here comes the Sun, and I say it’s all right », on voit bien qu’au lever du soleil, il n’était pas en collant par moins 6 degrés George Harrisson quand il a écrit cette chanson ;o)
J’ai droit aux habituels petits rigolos débordant d’optimisme et manquant de pratique qui nous annoncent l’arrivée à 500m alors qu’elle est à 2km…
Mais cette année j’ai ma montre GPS pour vérifier le véritable kilométrage et je m’enflamme moins facilement. Du coup j’ai quand même un petit doute mais c’est malheureusement ma montre qui avait raison.
Dans la dernière ligne droite je me remets à trottiner, pour la gloire et la foule en délire qui hurle mon nom ;o). Quand on arrive de nuit, la dernière ligne droit est bordée de flambeaux ce qui confère à cet ultime effort une ambiance bien particulière. L’arrivée de jour est nettement moins sympa mais il y a plus de monde pour applaudir et je me fais encore doubler jusqu’au dernier moment.
Je finis par passer la ligne en 8h14 ce qui me place à la 796ème place au général et à la 429ème chez les Séniors Masculins. C’est moins bien qu’en 2009 mais je suis presque plus content que l’an dernier car cette année j’ai vraiment été la chercher avec mes tripes cette Saintélyon. Malgré une condition physique pas optimale et des conditions météorologique très dur, j’ai gardé le cap et je suis allé au bout à la volonté et au mental et pour ça je suis super fier de moi. C’est le charme de ce sport : sur des courses nature si longues qui tiennent autant de l’aventure que de la compétition, on a toujours une bonne raison d’avoir la banane à l’arrivée. Quand ce n’est pas le chrono réalisé, ce sera l’exploit physique ou les paysages ou les rencontres humaines, ou autre chose encore…. ou tout cela à la fois !
3. L’après Course
Je retrouve Roxanne a l’arrivée. Elle est arrivée 10 min avant moi et David est arrivé un tout petit peu avant 8h. Donc au final on a fait un beau tir groupé.
Cette année il n’y a pas de repas d’après course mais un buffet sur l’aire d’arrivée donc je me goinfre tant que possible avant de sortir de l’aire. En effet, une fois sorti on a plus la possibilité d’y retourner ensuite. Vincent nous attend à la sortie de l’aire d’arrivée. Il est venu avec mon manteau et donc avec les clefs de la papamobile ! Merci 1000 fois Vincent car là vraiment, j’avais plus assez de force pour rentrer à pied à la maison ;o)
Je laisse Roxanne et Vincent rentrer chez eux pour un repos bien mérité et j’appelle Eddy en pensant qu’il est lui aussi déjà arrivé … mais il ne répond pas. Il doit donc encore être en chemin mais ce n’est pas normal car il est normalement d’un niveau supérieur au mien. J’espère qu’il n’a pas de soucis.
Je récupère mon sac et je me mets ensuite en quête du 3ème meilleur ami du finisher après le T-shirt officiel et la bière : la douche !
Contrairement à l’an passé, ce ne sont pas les douches du palais des sports qui sont utilisées (il n’y avait pas assez d’eau chaude pour tant de monde) mais les douches de la piscine de Gerland. « Juste à côté » me dit-on. Les douches en questions sont en fait de l’autre coté de la rue est assez mal indiquées. Je finis quand même par les trouver en suivant un troupeau de coureurs boiteux. Elles ne sont pas froides mais pas super chaudes non plus. Tant pis ! Quand on a pu résister à 68km sur la neige par moins 7 degrés, ce n’est pas une douche vaguement fraiche qui va nous arrêter.
Dans le vestiaire on discute tous ensemble en se racontant notre course. C’est ça aussi la magie de ce sport : les partages d’après course que l’on peut avoir avec des personnes que l’on a jamais vu et que l’on ne reverra jamais mais avec qui on parle comme à des potes de 20 ans car on a partagé avec eux un truc énorme et particulièrement fédérateur. On a le sentiment de faire partie d’une même tribu, une tribu incomprise par le reste du monde. Et cette course, cette aventure que l’on a en commun, on ne peut difficilement en parler avec notre entourage, nos collèges car c’est un effort inimaginable pour eux. Donc dans cette tribu des « finishers » on a finalement tous un secret en commun, ce secret c’est tout ce qu’on a vécu cette nuit. Only Truths know.
Cette Saintélyon aura fini d’achever mes vieilles baskets rouges kalendji que j’avais acheté tout spécialement pour l’édition 2009 donc je ne prends même pas la peine de les ramener à la maison et je les jette dans une grande poubelle au milieu du vestiaire, faisant rires quelques compagnons de route qui me disent : « Ah t’es comme ça toi, une course : une paire !? »
En sortant de la piscine je reçois un texto d’Eddy qui vient de finir la course en 9h. Il est cassé et il fait la queue au stand des kinés pour se faire masser.
Je reviens donc dans le palais pour au moins lui serrer la main avant de partir mais je galère pour trouver les kinés qui ne sont pas installés dans la même salle que l’an dernier.
Ils sont d’ailleurs installés au dernier étage du palais des sports ce qui est une excellente idée quand on sait que ceux qui ont le plus besoin de leurs soins sont ceux qui arrivent difficilement à marcher et donc, à fortiori, à monter les étages…
Je dois d’ailleurs avouer que cette montée des 3étages du palais m’a semblé aussi longue et douloureuse que celle de l’empire state building ;o)
Arrivé devant la salle, je vois qu’il est installé sur une table de massage tout au fond dans les mains expertes d’une charmante élève de l’école de kiné de Lyon. J’attends un peu mais elle ne semble pas disposée à le lâcher de sitôt et je m’en vais en lui envoyer un dernier petit texto.
Je sors du palais et traverse le parking pour pose mon derrière endolori dans ma petite 107 et je conduis prudemment jusque dans mes collines. Arrivé chez moi, je prend un bref repas et je monte m’allonger pour une longue sieste.
Au réveil j’ai le derrière qui brule comme on dit chez ceux qui n’ont pas le courage d’être vulgaires et il finalement se passer presque 3 semaines avant que la douleur ne disparaisse totalement. Les courbatures de mes jambes, quant à elle, vont pourtant disparaitre en 2 jours.
Cette édition 2010 restera donc dans les annales par les conditions extrêmes rencontrées cette nuit là et seule une volonté de fer m’a permis de boucler encore une fois la doyenne de l’ultra.
L’an prochain je vais lever le pied et je ne devrai donc pas être au départ à Saint Etienne mais il est clair que je reviendrai un jour pour passer la barre des 7h20 et décrocher ainsi la Sainté D’argent.
dimanche 31 octobre 2010
Course des 9 Clochers
Il s’agit d’une course sur route qui fait le tour de 9 communes du pays dit ‘des pierres dorées’. C’est une zone dans l’extrême sud du beaujolais ou les maisons sont construites avec des pierres jaunes. Cela donne une belle harmonie à ces villages qui pour la plupart sont entourés de vignes. C’est moins vallonné que dans les monts du lyonnais mais l’habitat y est beaucoup plus beau. Cela a beau être une course sur route, elle est quand même assez vallonnée car il y a un 400m de dénivelé positif cumulé et donc autant de dénivelé négatif étalés sur les 24kms du parcours. La sainté lyon est presque 3 fois plus longue avec presque 3 fois plus de dénivelé, cette course est donc finalement une course de préparation idéale.
Nous sommes suffisamment loin du départ de la Sainté et cette course est suffisamment courte pour que je me puisse me permettre de faire un véritable test en la courant « à fond ». Même si j’accuse le coup ensuite, j’aurai quand même assez de temps pour récupérer d’ici à l’objectif final.
Sur le Pilatrail l’an dernier, j’avais reçu des échantillons d’une boisson d’attente (boisson énergétique spécialement conçu pour être bue dans les 3 heures qui précédent une course). Je vais profiter de cette course pour tester ce produit et voir si ça apporte réellement un plus. J’ai de gros doute sur l’intérêt de ce type de produit très markétés qui ciblent justement un marché en pleine expansion de quadras aisés prêts à tout pour compenser moyennant finance un entrainement souvent trop léger. Mais bon, cela aura au moins l’avantage de faire de la place dans mon placard ;o)
Dimanche 10 Octobre 2010, 7h30, je quitte donc mes collines et je traverse la vallée de la brevenne pour me retrouver dans la vallée d’Azergues que je suis jusqu’à Chazay d’azergues ou j’arrive à 8h00. Il reste encore une heure avant le départ : je suis rarement arrivé autant en avance pour une course. Je me gare sur parking et suit des habitués pour aller jusqu’au gymnase ou s’effectue le retraits des dossards (il faut traverser un petit parc ou il n’y a pas d’indications mais heureusement dans une petite ville à 8h00 du mat, les coureurs sont faciles à identifier et je me contente donc de suivre le troupeau. Je vais retirer mon dossard et en cherchant les toilettes je me félicite d’être autant en avance : il n’y a, comme souvent me direz vous si vous êtes vous aussi un habitué des rencontres sportives de masse, que 2 chiottes masculines pour 1000 coureurs !!
Cette pause ‘technique’ n’est pas la plus la plus intéressante des étapes qui précèdent une course mais elle est néanmoins indispensable car la possibilité ou non de passer aux toilettes avant le départ c’est comme le passage des alpes sur le tour de France : c’est pas là qu’on gagne la course mais c’est clairement là qu’on peut la perdre ;o)
Trève de « poésie », me voici donc de retour à ma voiture pour me mettre en tenue. Pour la première fois depuis le semi de Lyon il y a un an, je vais faire une course sans camel back ni porte bidon, je me sens un peu tout nu ;o)
J’ai le temps de courir une vingtaine de minutes très tranquillement pour m’échauffer, grand luxe ! Le départ se situe plus haut dans le village sur une magnifique petite place pleine de monde car 15min après les 9 clochers, ce sera la départ de la course de 5 clochers (11km). A eux deux ces 2 courses ont attirés 1200 personnes ce qui est un excellent résultat pour la région.
Je m’installe pas trop loin de la ligne et c’est parti !
Dans les premiers mètres du parcours il y a déjà quelques descentes ce qui me permet d’allonger la foulée et de me positionner plus en avant dans le peloton. Etant donné que je m’étais mis quand même pas mal devant sur la ligne de départ, j’arrive assez rapidement « à ma place », c'est-à-dire à une place ou je n’arrive plus à reprendre les personnes qui sont devant moi.
Le temps est idéal, sec et pas trop chaud. Je suis en débardeur et c’est le cas de la majorité des gens. Quelques coureurs court avec des sacs ou des bidons mais les ravitaillements sont suffisamment proches pour qu’on puisse s’en passer. Je marche quelques pas à chaque ravitaillement pour pouvoir à chaque fois boire un verre entier et je prends une petite bricole à manger mais pas beaucoup car mes compagnons de course ne s’arrêtent quasiment pas. D’habitude j’étais plus loin dans le classement, entouré de coureurs moins rapides qui prenaient plus de temps aux ravitos. Je m’efforce donc de tenir ce rythme nouveau pour moi afin de réussir à rester dans ce groupe. Le trajet est constitué d’une grande montée jusqu’au kilomètre 8 ou 9 suivie d’une longue descente. La montée nous mène au village de Marcy puis au parc géologique dit « des pierres folles ». Les montées se passent plutôt bien. Je double quelques coureurs moins habitués au dénivelé mais ils me reprendront tous dans la dernière partie du parcours qui est plus roulante. Sur toute la première partie je suis un coureur bien affuté qui a l’air de bien connaitre le trajet et qui prodigue de nombreux conseils à un ami qui court avec lui. Je vais rester derrière eux pendant toute la partie montante pour ne pas me griller et je les lâche seulement dans la seconde partie. Du moins l’un des 2 uniquement car l’ami en question me reprendra dans les derniers kilomètres.
Les courses sur route c’est agréable car on peut aller vite sans avoir peur de se fouler une cheville mais ça tape quand même beaucoup sur les articulations. Heureusement qu’il n’y a que 24 kilomètres.
En règle générale je pars toujours un peu trop vite sur mes courses, je double des gens jusqu’à mi course et la tendance s’inverse ensuite.
Sur les 9 clochers, on m’annonce à la 65ème position à mi course et j’arrive à tenir cette position jusqu’au 2 tiers de la course donc beaucoup plus longtemps que d’habitude.
Je me prends à rêver d’arriver au bout sans perdre plus de places mais dans le dernier tiers de la course, la dure loi du sport me rappelle à l’ordre et je peine sur les parties plus plates ou j’ai du mal à maintenir ma vitesse.
Plusieurs coureurs me passent dont un qui ne va guère plus vite que moi et que je garde en ligne de mire. Sur une grand ligne droite j’essaye de le redoubler sans y arriver et je me résigne donc à rester dans sa foulée en me disant qu’il a mérité le droit de finir devant moi : je ne chercherai pas à le repasser dans la dernière ligne droite.
C’est une des règles tacite du trail : On ne regarde pas les temps à la seconde prêt et une course ne se joue pas dans la dernière ligne droite. On ‘fige’ plus ou moins inconsciemment le classement dans les derniers 200 mètres. J’avais oublié un peu vite que ce type de règles ne s’appliquent pas en course sur route et alors que je reste bien sagement derrière ce concurrent, un petit jeune tout rouge et qui souffle encore plus que moi nous passe sur la ligne en mettant toutes ses tripes dans la bataille… Je le regarde à la fois surpris et triste pour lui. Quand on a pas le talent pour gagner des places à la régulière on peut au moins avoir la classe de rester à la sienne.
Je boucle donc ces 24km en 1h46min et 32 secondes, ce qui me place 73ème au scratch (sur 595) et 43ème dans la catégorie Sénior Masculin (sur 177). C’est un temps et un classement inespéré pour moi qui avait mis tant de temps à me remettre des mes efforts de l’été(enchainement marathon du mont blanc et du Courchevel X Trail). J’ai battu mon record de vitesse que j’avais pourtant établie sur une course plate et plus courte de 9km). C’est un résultat extrêmement encourageant pour la saintélyon. Je pensais être en retard dans mon plan d’entrainement mais finalement non car j’ai réussi à améliorer ma vitesse de base sur route et c’est la clef pour réussir un temps entre St Etienne et Lyon.
A l’arrivée on nous fait choisir entre un T-shirt ou une bouteille de vin (et oui on est dans le beaujolais !). Je prends le t-shirt même s’il a le ‘look’ habituel des T-shirts de courses qu’on met ensuite plus facilement pour faire le jardin que pour parader en ville.
Cette course est finalement très agréable, très bien organisé et elle attire logiquement beaucoup de participants (même si cette année elle a souffert un peu de la concurrence du marathon de Lyon couru le weekend d’avant).
Je garde une très nette préférence pour les trails mais dans la catégorie ‘course sur route’, elle a l’avantage de nous proposer de beaux points de vues, ce qui normalement est justement la spécificité des trails.
Je pense donc que je reviendrai très certainement
Bonne journée.
vendredi 8 octobre 2010
Courchevel X Trail 2010
La neige est toujours là, le soleil est haut dans le ciel et l’on prépare déjà la saison estivale. En effet, en marchant vers les télécabines des grangettes avec la démarche chaloupée du snowboarder bronzé qui s’la pète, je tombe nez à nez sur une affiche annonçant le Courchevel X Trail. Il s’agit d’un Trail de 53km et 4400m de D+ qui aura lieu en aout et qui est parrainé par une des icones du Trail : Le népalais Dawa Sherpa.
Cette journée sera ma dernière journée de snow de la saison mais j’ai pourtant le cœur léger. Je n’ai pas le cafard habituel car je sais que je reviendrai bientôt : c’est décidé le 8 aout, je serai au départ du 2ème Courchevel X Trail.
En rentrant à St Pierre, je m’inscris pour ce Trail et quelques mois plus tard, en naviguant sur kikourou (Forum de la plus grosse communauté francophone de coureurs sur internet : www.kikourou.net) je tombe sur quelques coureurs à la recherche d’un hébergement. Je leur propose aussitôt de les loger dans le studio familial, ce qu’ils acceptent volontiers.
Le Trail est un sport naissant et la communauté des fou dingues amateurs de dénivelé reste finalement encore une grande famille. Je suis content de savoir que je pourrai partager ce weekend avec d’autres.
7 Aout 2010, Nous venons de rentrer de quelques jours au Pouliguen. Je range mes tongs, mon diabolo et mon maillot de bain et je jette dans le coffre de la Papamobile sac à dos et bâtons pour prendre ensuite la route en direction les Alpes.
En arrivant à Courchevel, je m’arrête au Praz (Courchevel 1350) pour me rendre sur le ‘village’ installé au pied des tremplins olympiques. Il est assez impressionnant avec plusieurs grandes tentes dont une abritant une dizaine de stands d’équipementiers de course à pied.
De nombreuses courses étaient au programme aujourd’hui (les ‘Courch’à Pieds’) et visiblement elles ont rencontrés beaucoup de succès car le parking est plein. Je retire mon dossard et mon T-Shirt qui est … tout rouge … exactement comme celui que j’ai eu un mois plus tôt sur le Marathon du Mont Blanc :o(.
A part ça il est plutôt sympa. La marque c’est Odlo, une marque norvégienne initialement spécialisée sur les équipements de ski de fond mais qui s’est ouvert à d’autres sports nature.
Je monte ensuite au studio à Courchevel 1550 et j’ai la bonne surprise de voir que la station est beaucoup plus vivante en aout que ce que j’avais vu il y a 6 ans quand nous étions venus y passer quelques jours à la même époque. Il n’y a d’ailleurs pas trop de places de libre dans la rue mais les parking souterrains sont gratuit en été (je n’aurai jamais pensé pouvoir écrire un jour les mots ‘Courchevel’ et ‘Gratuit’ dans la même phrase ;o) ).
Je m’installe dans le studio et mes invités ne tardent pas à arriver. Il y a Stan, Vaness et Yannick.
Nous mangeons en discutant de la course du lendemain. Je découvre que j’ai à peu près les mêmes objectifs que Stan, c'est-à-dire finir vivant en environ 10h. Yannick, quand à lui, a beaucoup plus d’expérience sur ce type de course (et aussi plus de talent pour le trail visiblement) et vise 7 ou 8h.
On prépare nos affaires pour le lendemain matin et on se couche avec les poules (à 20h15) et j’essaie de me rappeler, sans y arriver, de la dernière fois ou je me suis couché si tôt. Honnêtement ça devait être il y a plus de 10 ans ;o)
A 3h15 c’est le réveil des braves. On s’habille avec ces vêtements de trail si spécifiques qui rendent jaloux ceux qui savent et font rire les autres, malheureusement plus nombreux… On mange un morceau et on descend en voiture aux tremplins du Praz.
Il est 4h, les coureurs arrivent les uns après les autres. A cette heure bien matinale on a aucun mal à se garer sur le parking désert.
Il ne fait pas bien chaud pour un moi d’aout, 12-15 degré peut-être mais je m’attendais à encore pire. Je suis en short et en T-shirt avec mes brassières de vélo. La sono crache déjà de la musique à fond et le speaker semble beaucoup plus réveillé que nous. Il y a pas mal de tentes dans le pré situé en contrebas du Parking et on a une petite pensée pour les pauvres campeurs qui sont inscrits sur le 30km (dont le départ est fixé à 7h30) et qui tentent de dormir malgré tout ce vacarme.
On prend un petit café au ravito d’avant course et à 4h20 on nous fait entrer dans le sas du départ. Le peloton est très modeste, à peine plus de 150 personnes sur environ 180 inscrits. C’est modeste mais c’est 2 fois plus que l’an dernier ou ce trail n’avait attiré que 80 personnes. Vu le parcours et les moyens mis en place par l’organisation ce trail mérite plus de monde et je suis sur que dans les années qui viennent il finira par attirer 500 personnes.
Nous sommes plusieurs kikourous et j’arbore aussi fièrement l’écuisson du Team Raidlight sur mon sac. Je regarde autour de moi mais je ne vois personne qui est visiblement du Team.
Il y a pas mal de coureurs italiens car ce trail est jumelé avec un autre X Trail qui a eu lieu un mois auparavant dans la station italienne de Cervisio. Ces deux courses forment le challenge X Trail. L’an prochain une troisième course viendra rejoindre ce challenge et elle aura lieu dans la station suisse de Cran Montana.
On écoute le speech de l’organisateur qui est ensuite traduit en italien et à 4h30 précises le départ est donné. On commence par monter le long des tremplins sur une piste bordées de flambeaux, sous la musique de la sono, c’est pas mal du tout, ça donne la chair de poule.
On se retrouve ensuite sur un chemin dans le bois au dessus du Praz et on entend encore la sono comme si on y était toujours. Si nous n’étions pas concentrés sur nos pas on aurait encore une pensée pour les pauvres victimes de tapage nocturne.
Le peloton est toujours bien groupé. Yannick est devant, j’ai distancé Stan de quelque mètres, je suis dans la première partie et le ballets des lampes frontales dans la forêt est magnifique. Tout à coup je vois une lampe qui se retourne vers moi, puis deux, puis trois. C’est bientôt une trentaine de lucioles qui me regardent et qui grossissent à vue d’œil. Je comprends alors que les coureurs de tête se sont trompés de route au dernier croisement, entrainant la totalité des participants sur un mauvais chemin. Surpris et amusé, je m’arrête aussitôt et je fais demi-tour, comme tout le troupeau de mout… heu non de coureurs. C’est une situation très cocasse et complètement inhabituelle, y compris pour les meilleurs qui doivent du coup redoubler tout le peloton, ce qu’ils font comme ils peuvent car le chemin n’est pas si large. Dawa plaisante en passant : ‘Je n’ai jamais doublé autant de monde sur une course’ ironise celui qui a l’habitude de faire toutes ses courses seul en tête. Je décide de ne pas faire d’effort pour me repositionner rapidement et je garde ma place, je suis donc désormais dans la deuxième partie du groupe. La course est longue et je reviendrai donc naturellement à la place qui est la mienne. De plus, n’aillant jamais fait de course avec autant de dénivelé et autant de km en altitude, je ne suis pas du tout sûr de mériter une place dans la première moitié du groupe. Du coup Stan est passé devant moi sans que je m’en rende compte.
Je reste donc à ma place, doublant gentiment quelques coureurs mais en faisant attention à ne pas trop forcer pour ne pas me mettre dans le rouge dès le début. Par rapport à d’autres ma lampe n’est pas très puissante donc je cherche à courir en groupe, si possible avec des coureurs fortunés pour profiter de l’abondante lumière diffusée par leur dernier cadeau de Noël. La semaine dernière je m’étais posé la question d’acheter de nouvelles piles mais je ne l’ai finalement pas fait en pariant sur le fait que l’on n’aurait pas à courir trop longtemps de nuit.
Effectivement, à partir de 5h30, le jour commence à percer et je vois de mieux en mieux et ça tombe bien car ma frontale vient de clignoter 2 fois, signe que les piles sont bientôt vides.
Nous sommes dans la montée vers le col de la Loze. Je pensais qu’on allait passer plus prêt de Courchevel 1850 mais en fait on passe bien à droite. On passe aussi un peu sur quelques chemins forestiers (ou piste de ski de fond) et on peut donc courir par endroit mais globalement on court déjà peu. On accède au col par le vallon qui permet en hiver de descendre sur la Tania. Pour le moment on a pas du tout couru sur des pistes de ski et c’est un petit exploit de la part des organisateurs tellement la vallée de Courchevel est ‘tracée’. Belle performance. Du coup ça me permet de découvrir ma vallée sous un nouveau visage. J’ai beau connaitre le domaine par cœur en hiver, j’ai toutes les peines du monde à me situer et je suis presque surpris en voyant déjà apparaitre l’altibar du col de la Loze à l’issue d’une montée bien raide dans les bruyères. Et pourtant il s’agit d’un de mes ‘spots’ de hors piste en hiver.
Cette année je fais cette course en mode ‘découverte’. Etant complètement néophyte sur ces courses de type alpin je n’ai pas osé me fixer de véritable objectif horaire. Le seul objectif c’est de découvrir ce type de tracé très technique, de voir comment mon corps réagit, d’en prendre plein les yeux et plein la carte mémoire tout en passant une bonne journée dans ma montagne.
L’objectif sera rempli à 200% et même en y allant ‘mollo’ par endroit et en agrémentant le trajet de nombreuses pause photos, je vais quand même beaucoup souffrir dans les montées. Et cela commence dès cette montée au col de la Loze. Dans toute la première partie de la course j’ai globalement doublé beaucoup plus de monde que l’inverse mais dans le final de cette côte, je dois laisser passer un groupe. Je suis déjà arrivé à mes limites et les coureurs qui m’entourent au Ravitaillement 1 (situé au col à 2274m) seront globalement ceux avec qui je vais faire le reste du voyage. J’y arrive vers 6h20 donc après 1h50 de course. Au ravitaillement il y a du thé ! J’en prends un verre avec plaisir car même s’il fait jour désormais, il faut encore bien frais. Je fais aussi une pause pipi, signe que jusqu’à présent je me suis bien hydraté et je me change : j’enlève mes brassières et ma frontale et je mets ma casquette ‘Team Raidlight’ et mon coupe vent car il y a un peu de vent et pas mal de nuages à l’horizon (qui nous gâchent d’ailleurs en partie le lever du soleil mais la lumière reste très belle).
On redémarre en attaquant le rocher de la Loze (2526m). Là encore on évite les pistes car c’est un sommet difficilement accessible en hiver même si on voit de temps en temps des skieurs monter à l’assaut de ce sommet en peau de phoque. C’est donc une grande première pour moi que de monter là haut. J’ai fait une bonne pause mais je ne fais pas le fanfaron dans la montée car elle est corsée. En haut le paysage est magnifique. Je fais une petite pause photo. J’en ferai de nombreuses sur tout le parcours : j’ai pris 45 photos au total, m’arrêtant uniquement parce que la carte mémoire de mon téléphone était pleine (Galerie Picasa : http://picasaweb.google.fr/fabien.enon/CourchevelXTrail?feat=directlink).
La descente est sur un chemin en lacet sans trop de cailloux mais je ne peux pas trop me lâcher car on est nombreux donc on se suit. On file ensuite sur la gauche pour rejoindre l’arrivée des télécabines des Chenus et filer droit dans la légendaire piste du ‘Lac Bleu’ on tourne à droite à mi piste pour se lancer dans une longue traversée de tout le vallon, ce qui nous amène dans la combe de Saulire que l’on traverse pour monter à la Vizelle.
J’enlève mon coupe vent car le soleil commence à faire son apparition. Ce sera la seul passage de la course sur des pistes de ski mais à cet endroit c’était vraiment inévitable. Et pour un enfant de la station comme moi, c’est sympa de marcher sur des lieux connu, de surplomber l’altiport de montée à pied à des lieux que je rejoins habituellement en télécabines.
J’arrive au ravitaillement 2 (La Vizelle, 2659m) à 7h55 donc après 3h25 de course. Je commence à me jeter sur les tranches de saucisson et le fromage. Pendant tout la course je me suis alimenté avec des gels entre les ravitaillements et plutôt avec du salé à chaque ravito. Le saucisson n’a rien d’un aliment de sportif me direz vous. Pas faux. Et la tomme encore moins. Je le conçois. Cela m’a toutefois permis de ne pas être dégouté des gels à la fin de la course comme ce fut le cas sur le Trail du Pilat ou le Marathon du Mont Blanc. La clef du succès sur les trails longs, c’est de manger ce qu’on aime car ce sont des courses qui se finissent au moral et le moral dans un peloton de coureur, c’est comme à l’armée, il tient en grande partie à ce qu’on a dans sa gamelle. J’en profite également pour compléter mon camel back.
Au R2 (je ne veux pas parler du robot hollywoodien qui a bercé votre enfance mais du Ravitaillement 2), je remets mon coupe vent car le soleil se cache à nouveau et un assez long passage en altitude nous attend pour rejoindre le col du fruit (2516m).
On descend vers le haut de la piste des creux et on reste sur la crête pour rejoindre le haut du télésiège des creux noirs. C’est notre lieu favori de pique nique en hiver et on y rarement seuls mais en été, à 8h du mat, il n’y a pas foule ;o)
On s’engage sur la crête qui nous mène au col du fruit. Sur plusieurs points délicats de cette crête il y a des gens de l’organisation qui veille à ce que tout se passe bien. Chapeau car c’est pas évident de passer la journée en plein vent à 2500m d’altitude !
On attaque une descente sinueuse, assez roulante mais bien technique car pentue et elle s’avère interminable.
Sur le tracé j’avais repéré qu’on passait derrière l’aiguille du fruit mais ce que n’avais pas compris c’est qu’on passait dans le fond du vallon du même nom.
Depuis le col c’est donc un dénivelé négatif de -500m qu’il nous faut absorber en quelques kilomètres uniquement pour descendre en bas du vallon du fruit.
Nous sommes désormais dans le par national de la Vanoise. Je discute un peu avec un concurrent qui était plutôt plus à l’aise que moi dans la montée mais qui trouve, à juste titre, cette descente bien longue. Il me demande si on est dans le temps pour la barrière horaire du ravitaillement 3 fixée à 11h30, ce à quoi je lui réponds : « oui oui bien sûr, pas de souci ».
La suite de la course me montrera que j’étais un peu présomptueux. En effet, depuis que je fais du trail, je n’ai jamais eu à m’inquiéter des barrières horaires car si mon niveau ne me permet pas de finir dans la tête de course, il me permet quand même de me classer quasiment toujours dans la première moitié des participants et donc de passer largement les barrières horaires. De plus, on avait mis moins de 2h entre le départ et R1 et entre R1 et R2. Je me disais donc naïvement qu’on allait mettre, 2h, 2h30 maximum entre R2 et R3. Quel petit naïf j’étais! Je finis donc pas passer ce compagnon pessimiste et je finis la descente sur un bon rythme.
Arrivé en bas on traverse un torrent et un chemin bien large de fond de vallée nous remonte jusqu’au refuge de saut (2130m).
Dans ce fond de vallée, on peut trottiner. Ou plutôt il serait logique de trottiner sur ce type de chemin… donc on se force… et on finit par y arriver un peu ;o)
Le paysage est magnifique et complètement nouveau pour moi car en hiver on ne peut pas du tout accéder à cette vallée autrement qu’en ski de randonnée.
J’enlève à nouveau mon coupe vent car le soleil est revenu et ne repartira plus.
On traverse un troupeau de vaches qui se déplace à peine pour nous laisser passer, habituées semble-t-il à ce que des humanoïdes à 4 pieds viennent les perturber au milieu de leur séance de mastication quotidienne.
Arrivés au refuge on entame un montée bien raide qui va nous tout d’abord au col de Chanrouge (2531m) puis au col du rateau (qui comme son nom l’indique est un très mauvais endroit pour un RDV galant). Ce col culmine à 2689m et c’est le sommet du parcours.
La montée n’est pas facile et j’accuse le coup. J’avance vraiment à 2 à l’heure (au sens propre ;o) ) et je laisse passer plusieurs de mes compagnons de route. On arrive ensuite dans des éboulis assez acérés ou la progression devient vraiment difficile.
Il commence même à y avoir de la neige par endroit. Je multiplie les pauses photos, d’autant plus que je me rends compte que j’avais oublié de faire le ménage sur ma carte mémoire et mon téléphone me demande de supprimer d’anciennes photos pour pouvoir en prendre de nouvelles. Le temps passe et je me rends compte qu’il était complètement ridicule d’espérer faire en 2h la distance entre R2 et R3 je révise donc mon pronostic à 2h30.
J’arrive finalement au col du rateau à 9h30 et je découvre avec horreur qu’il reste encore 30 min de descente avant d’arriver au ravitaillement 3…. Le col est dans les éboulis et de l’autre côté de celui-ci il y a un grand névé que le bénévole situé au col (il avait du perdre à la courte paille lui car il a récupéré le poste le plus haut de tout le parcours) me conseille de faire sur les fesses.
Je regarde le participant devant moi tenter de le descendre dignement sur les jambes et malgré ses bâtons il se vautre lamentablement à mi parcours. Sous la neige les rochers sont assez coupants et comme je ne connais pas la taille de la couche de neige, je préfère éviter une lourde chute et suivre les conseils du bénévole. Je descends donc le névé en mode ‘shlitte’ comme on dit dans les vosges. C’est donc trempé … mais indemne que j’arrive en bas.
J’arrive finalement au ravitaillement 3 à 11H00 soit 3h après avoir quitté le R2 et seulement 30min avant la barrière horaire… Il est situé au lieu dit ‘Petite Val’ (2235m). J’y fais une véritable pause et je remplis complètement mon camel back car il n’y a aucun point d’eau entre le R3 et le R4.
A ce ravitaillement on retrouve des participants du 30km qui vont parcourir la suite du parcours avec nous. Il est sympa finalement le parcours du 30, je me dis que l’an prochain, je reviendrai peut-être sur le petit parcours plutôt ;o)
Je suis maintenant bien cassé et je n’en mène pas large dans la montée au col de grande pierre (2403m). Nous sommes toujours dans la Vanoise et on voit Courchevel 1650 de l’autre côté des avals. C’est marrant, d’habitude, c’est l’inverse.
J’arrive tant bien que mal au sommet du col ou un bénévole a installé une longue vue sur un trépied et me montre un bouquetin, sympa.
La crête qui s’annonce est de toute beauté et ça me redonne de l’énergie. Il s’agit de la crête du mont Charvet qui est l’atout numéro 1 de ce trail. Et elle peut !
C’est un chemin de crête avec une pente bien abrupte à droite et à chaud et rien que ça c’est déjà super beau. Mais la cerise sur le gâteau c’est que cette crête est criblée de plein de petits cratère remplis de végétation entre lesquels le chemin serpente. Ca rend le chemin très ludique (et également assez dangereux car il est souvent très étroit et les cratères sont plutôt profonds). On retrouve ce type de structure géologique sur toute la crête jusqu’au sommet de la dent du Villard. Cette crête descend au col de la Dent (2140m) puis au col de la Chal (2069m) où l’on quitte les concurrents du 30km pour ensuite remonter en sous bois vers la Dent du Villard (2284m). Sur toute la fin on est dans la forêt mais il y a quand même toujours des cratères, ce chemin ne ressemble vraiment à aucun autre que je connaisse et à lui seul il vaut le détour.
Au début de la course je m’étais dit que c’était peut-être jouable de boucler les 53km en 9h quand même. Maintenant il n’en n’est plus question et l’objectif officieux est plutôt de 10h.
J’arrive en haut du sommet de la Dent du Villard au bout de 9h de course et la bénévole qui est en haut m’annonce 4km de descente jusqu’au R4 (que je sais super raide) plus 6 km jusqu’à l’arrivée.
Ca fait 10km. Pour arriver en en moins de 10h, il faut donc que je fasse du 10km/h et que je zappe le R4. Avec 9h de course dans les jambes c’est un beau challenge, un peu trop beau peut-être même mais ça se tente.
Je me lance donc dans la descente en essayant de courir au maximum. Je croise pas mal de randonneurs qui me laisse bien passer. Merci à eux !
Mais que cette descente est longue… Elle doit m’amener au niveau du lac de la Rosières à 1534m donc ça fait pas moins de 750m de D- à s’enfiler sur 4 ou 5 km …
J’aperçois ce lac de temps en temps, mais il est toujours aussi bas…
J’espérais pouvoir faire la descente en 20min mais au final il me faudra plus de 30 min pour attendre le R4. J’y prends juste un verre et quelques bricoles à manger et je repars.
La suite du parcours est constituée d’un chemin assez roulant, en pente douce, alors j’allonge la foulée, doublant quelques compagnons qui n’arrivent même plus à trottiner. Je vois un panneau m’indiquant l’arrivée à 5km, il me reste 25 min alors je me dis que si le chemin continue comme ça c’est peut-être jouable. J’allonge la foulée et moins de 5min plus tard, je crois le panneau indiquant l’arrivée à 4km. Nickel !
Je continue mon effort et je finis pas arriver devant une petite montée. Et zut ! Si cela ne fait pas que descendre jusqu’au Praz, alors c’est mort pour les 10h. Je me refixe un nouvel objectif à 10H10, ça sonne bien comme temps non ?
J’arrive en bas d’une nouvelle montée ou je rejoins un coureur qui se retourne et qui engage la conversation. Il est beaucoup plus entamé que moi et visiblement il a besoin de parler. Je met donc à nouveau de côté mon objectif et je fais le chemin avec lui. Il est actuellement en vacances dans une station voisine ou il a laissé femmes et enfants en leur disant qu’il serait de retour en milieu d’après midi, c’est un petit naïf lui aussi…
Le chemin redevient plat alors on essaie de se remettre à courir. J’y arrive sans souci mais pas lui, je lui souhaite donc une bonne fin de course et je reprends la mienne. Cela fait un peu plus de 10h que je cours. Je me fixe désormais 10h15 et j’avance du plus vite possible. A l’arrivée dans le village du Praz je double une concurrente du 30km qui a aussi envie de parler. Je ralentis un peu pou discuter car c’est ça aussi les charmes du trail, et je re-accélère quand je prends congé. Il y a pas mal de touristes qui nous encourage quand on passe au bord du lac du Praz, ça fait plaisir. L’arche d’arrivée est en vue, je passe en dessous, sourire aux lèvres au bout de 10h16 de course. Je reprends mon souffle et accueille un des coureurs avec lequel on s’est doublé plusieurs fois pendant la course. On parle un peu et j’apprends qu’il habite un village à quelques kilomètres de Saint Pierre La Palud !! J’appelle ensuite Stan pour savoir ou il est. Il est à la pasta party depuis peu car il a finit en 10h15, soit juste une minute devant moi !
On ne s’est pas vu de la course et s’il y avait eu un km de plus on finissait main dans la main, c’est marrant.
Yannick nous appellera plus tard mais il n’est déjà plus là, Arrivé depuis quasiment 2 heures (il a mis 8h20 pour boucler les 53kms), il a donc déjà repris la route pour Annecy.
Standing de Courchevel oblige, la pasta party n’est pas organisée par des bénévoles mais par un véritable traiteur. Ca fait plaisir d’être chouchouté ;o) J’y retrouve Stan et Vaness ainsi qu’un autre Kikourou et on ‘refait le match’ en savourant ce repas bien mérité, sauf stan qui n’est pas vraiment ‘dans son assiette’ (au sens propre comme au sens figuré). Maintenant que le stress de la course l’a quitté, il se sent assez mal et finira même par presque s’évanouir. Il s’en remettra finalement assez vite en restant allongé un peu et en prenant du sucre. J’avais vécu exactement le même genre de mésaventure après l’arrivée de la Saintélyon l’an passé. Pendant que Stan est en train de ‘mourir’ dans les bras de sa femme et entourés de soigneurs, je regarde lâchement et honteusement la remise des prix et on a droit à un invité de marque. En effet, le grand, l’immense, le génialissime, the wonderfull, dass wunderbar, el magnifico Nelson Montfort était de passage à Courchevel cette semaine là pour une compétition de golf et il s’est pris d’admiration pour Dawa Sherpa en regardant le film qui retrace sa vie. Il a donc gentiment accepté de venir remettre les médailles ce qui déclenche des applaudissements nourris dans la salle. Dans le petit monde du trail on a pas vraiment l’habitude d’accueillir les peoples et notre ami Nelson volerait presque la vedette aux vainqueurs. On a beau insisté lourdement : ‘Nelson, en anglais ! Nelson en anglais !’ Il va se limiter au français et ne va malheureusement pas jongler entre la langue de Molière à celle de Shakespeare avec la virtuosité et l’inventivité qui a fait sa légende.
En revanche il nous livre quand même une belle envolée lyrique ‘à la Nelson’ quand vient le moment d’annoncer le vainqueur du jour, le grand, le beau, le fort Dawa Sherpa.
Après ce beau moment de partage et de franche rigolade on remonte à l’appartement pour prendre une douche et revenir se faire masser. Une fois en haut on traine un peu et quand on revient sur le site les masseurs sont en train de remballer leur stand, tant pis, on ne peut pas à la fois sprinter dans la montagne et sous la douche, faut bien se reposer aussi de temps en temps non ? ;o)
Je quitte donc Vaness et Stan mes compagnons du weekend, ravis d’avoir fait leur connaissance. Le petit monde du trail est décidément une grande famille pleine de gens sympathiques.
Je prends moi aussi le chemin du retour. Mes courbatures attendront poliment le lendemain pour apparaitre ce qui me permettra de rentrer sur Lyon sans souci pour y retrouver ma petite famille. Les courbatures se réveilleront le lendemain de manière assez violente et il me faudra ensuite 3 jours pour arriver à marcher à nouveau normalement. Cette course était vraiment magnifique et je reviendrai mieux préparé l’an prochain pour la faire un peu plus rapidement…si mes courbatures sont parties d’ici là ;o)
A bientôt
Fabien
lundi 17 mai 2010
Trail des Passe-Montagnes 2010
Date : 9/05/2010
Lieu : Albigny sur Saone
Il est 6h, Paris s’éveille … et Saint Pierre La Palud aussi.
Enfin, pour Paris je ne sais pas mais à Saint Pierre, ce sursaut matinal semble se limiter à ma maison car on est dimanche quand même ;o) Et le dimanche tout bon citoyen qui se respecte fait sa grasse matinée hebdomadaire. Tout le monde à part les dingos dans mon genre qui préfèrent se lever aux aurores pour aller courir 24km et s’enfiler 1200 m de dénivelé positif dans les Monts d’Or au lieu de faire des baisers langoureux à leur oreiller. En effet ce matin, je vais courir le Trail des Passe-Montagnes à Albigny sur Saône
Ce sera ma première course depuis le Trail des Cabornis en Mars qui était lui aussi dans les Monts d’Or et je pense, à tord, que la difficulté sera la même. Ma collègue Roxanne a fait cette course l’an dernier et elle avait finit seconde féminine en 2h30. Je me dis donc que ça devrait être jouable de boucler les 24km en 2h20-2h30, ce qui ferait un peu plus de 9km/h de moyenne, vitesse que j’avais soutenue sans trop de soucis pendant 18,5km sur les Cabornis.
Cette course n’était absolument pas prévue à mon calendrier mais ayant finalement une ouverture ce weekend, je me dis que ça serait un bon moyen de tester ou j’en suis dans ma préparation pour le Marathon du Mont Blanc fin juin. Je ne me suis décidé à m’inscrire que Vendredi et j’ai donc fait une préinscription ‘à l’arrache’ sur le site web des organisateurs avant de quitter le bureau. J'ai préparé vite fait une enveloppe avec mon bulletin d’inscription et mon règlement (10 Euros seulement en préinscription, ce n’est vraiment pas cher) et j'ai filé chez Running Conseil, magasin de sport partenaire de la course et basé pas très loin de mon bureau pour y déposer mon inscription. Manque de pot, je suis arrivé après la fermeture et j'ai donc laissé donc mon enveloppe dans la boite aux lettres sans me faire beaucoup d’illusions. A mon avis ma préinscription ne sera pas prise en compte.
Vu que ce n’était pas dans mon programme, je n’ai pas non plus préparé spécifiquement cette course, au contraire. Cette semaine j’ai même fait deux séances de renforcement musculaire sur les mollets et une sortie bien soutenue de 12,5km mercredi, bref que des choses déconseillées dans les jours qui précèdent une course. On verra, de toute façon, si je ne me présentais qu’aux courses pour lesquelles je m’estime parfaitement préparé je crois que mon palmarès serait encore parfaitement vierge. Quand je parle de palmarès, je parle uniquement des participations bien sur, pour les victoires il faudra attendre de passer vétéran 4 ;o)
Il est donc 6h et me voila debout. Je mange mon gâteau-sport maison en buvant mon café et je saute dans la papamobile, direction Albigny sur Saône. Papamobile, c’est le nom que mes enfants ont donné à ma nouvelle petite Peugeot 107 … bon d’accord c’est moi qui leur a suggéré l’appellation vu que je suis le principal utilisateur de cette voiture mais ils ont toute de suite adhérer ;o). Depuis que j’ai cette voiture je fais de plus en plus d’infidélités ma vespa et c’est encore le cas ce matin.
Albigny c’est juste après Chasselay, d’où partait le Trail des Cabornis donc je connais la route. J’arrive avec une bonne heure d’avance, c’est suffisamment rare pour être mentionné. Je file au retrait des dossards et comme je le craignais ma pré inscription n’est pas passée. Tant pis je m’inscris sur place. Même majoré de 5 euros le prix reste très raisonnable. Ce Trail offre un excellent rapport qualité-prix. Le cadeau est un buff est ça c’est cool, car avec ma tignasse de padre grec fan de reggae j’en fais une grosse consommation hiver comme été. Du coup je décide de le porter pour la course à la place du buff noir que j’avais prévu de mettre. De plus, c’est une jolie jeune fille qui a pris mon inscription et c’est une jeune fille encore plus jolie qui me sert un petit déjeuner au stand suivant, décidément, l’organisation est au top ! ;o)
Je file aux toilettes avant que la foule arrive car les départs de course à pieds, c’est le seul endroit que je connaisse ou la file d’attente pour les toilettes des hommes est 10 fois plus longue que pour celle des femmes.
Je retourne me préparer dans la papamobile et je me ‘déguise’ en traileur : buff, cardio fréquence mètre, manchons de compression pour les mollets, manchons pour les quadriceps, … Je prends également mon sac pour pouvoir boire abondamment car j’ai toujours ce problème récurrent de crampes. Je prends aussi quelques gels et mon coup vent car le temps en ce mois de mai 2010 est carrément automnal !
Ceci dit, il n’a étonnamment pas plu la veille donc les sentiers devraient être secs et du coup je ne mets pas les guêtres.
Je reviens ensuite vers la salle en trottinant, le départ est dans 15min et mon échauffement va donc encore une fois passer à la trappe. Pourtant cette fois ci j’étais en avance…
En arrivant à hauteur de la salle des fêtes je me rends compte que l’Arche que j’avais repérée à côté de la Salle est en fait celle de l’arrivée et non pas du départ. Le départ se trouve un peu plus haut, au bout d’un chemin super raide : et bien le voici finalement mon échauffement !
En haut, tout le monde est là. Il y a pas mal de clubs qui sont plutôt là pour le 12 je pense. Des distances si courtes ça doit attirer pas mal de spécialistes de cross ou de course en montagne. C’est une bonne idée de la part des organisateurs de Trail en général de proposer des formats autour de 10km car ça attire à la fois le néophyte et les « routards ». Ce Trail a donc attiré un bon gros peloton : 500 personnes. Je ne m’attendais pas à tant de monde. Il y a LA star du Trail en région Rhône Alpes : Cathy Dubois. Je m’installe dans la foule en essayant de ne pas me mettre trop loin pour ne pas trop avoir à doubler au début.
3, 2, 1 , c’est parti !
Et c’est parti vite ! (ça c’est le 2ème effet kisskool quand 2 course de distances différentes partent en même temps)
Je double quand même un peu mais pas tant que ça. Le parcours est toujours sur du bitume mais il commence néanmoins à bien monter.
Nous somme partis depuis 10 min et je suis déjà en mode « loco » : ca va clairement trop vite pour moi.
Je paie direct la non préparation de cette course. D’habitude je pars trop vite mais les jambes sont en formes mais là je pars trop vite et en plus je galère.
Il me faudra bien une demi-heure pour me calmer, temps nécessaire pour atteindre les premières montées trop raides pour être courues : ça me fait du bien quand on commence à marcher.
Cette première montée nous emmène mont Thou, j’y arrive après 50min de course environ et c’est là que les trajets se séparent. Il y a le premier ravitaillement du parcours. Même si je porte un sac, je m’arrête quand même car j’en ai besoin de faire une petite pause. Je prends donc un verre et des bricoles à manger, je marche un peu le temps de boire et manger et je repars ensuite dans la descente. Cette Descente est bien technique.
Je ne fais pas le malin et j’arrive juste à aller aussi vite que les gens qui m’entourent
Dans notre ‘peloton’ on a des niveaux équivalents sauf un coureur plus petit et plus fin qui fuse littéralement en descente, il m’impressionne. Je le reprends dans les montées mais il me redépose à chaque fois dans la descente. Il n’y a pas de boue mais à cause de la pente ça glisse quand même et pas mal de cailloux.
Nous sommes sur des Single tracks bien sympas et je souffle toujours comme un bœuf.
Pendant longtemps je suis un coureur qui finit par me demander si j’ai un souffle au cœur ? J’en ai effectivement un mais normalement ce n’est pas ça qui me fait souffler. C’est juste que si je ne me force pas à bien respirer je fais un point de côté direct.
Il faudrait quand même que j’essaie de faire moins de bruit, je vais essayer de travailler ça ;o)
Ravitaillement en eau vers le 13 ou 14ème Kilomètre. Je m’arrête encore et du coup laisse filer mon compagnon, je ne le rattraperais jamais, il a pu finir tranquille.
De mon côté, je n’ai toujours pas retrouvé une belle foulée, pire, au bout de seulement 15km je commence à sentir un début de crampe dans le mollet droit. Pourtant j’ai mes bas de compression et j’ai pris de la sportenine avant le départ…. Je pensais également m’être suffisamment hydraté mais avec le recul je peux dire que ce n’était pas le cas.
Heureusement les montées sont bien raides pour revenir vers le mont Thou et je n’ai donc pas à utiliser mes mollets en extension complète. Dans les descentes ça passe, le souci ce sont les passages un peu plus roulants ou je suis obligé de courir uniquement avec les cuisses en soulageant les mollets au maximum. Le mollet gauche s’en mêle aussi à partir du km 20 : la plaie !
Du coup je perds mal de place dans cette deuxième partie, comme d’habitude me direz vous, et ce n’est pas faux !
Je pense que j’étais autour de la 65ème place à mi course.
C’est rageant car dans les montées, en marchant je sens que les cuisses fonctionnent bien, j’avance plutôt mieux que mes compagnons mais dans les descentes j’ai un peu plus le frein à main et dès que c’est roulant je vais nettement moins vite que les autres.
Je réalise peu à peu qu’il est illusoire de penser finir en 2h20 et que j’en aurai pour beaucoup plus, Je reviens en haut du mont Thou après 2h00 de courses environ. Ce coup ci je saute le ravito et attaque directement la longue descente finale ou je vais pas mal souffrir car il faut que je reste aux aguets. Je me dis que c’est peut-être jouable en 2h40. Des enfants nous donne des indications au sommet c’est sympa.
A 1km de l’arrivée un coureur devant moi file à gauche au lieu d’aller à droit, je l’appelle pour le remettre dans le droit chemin. La fin est interminable car il y a une succession de toutes petites côtes qu’on n’imagine pas devoir affronter vu qu’on descend vers le village. Je vois l’objectif des 2h40 d’éloigner petit à petit, me voici dans la dernière descente que j’ai monté à pied ce matin pour aller au départ. On m’applaudit, sympa. Je passe la ligne finalement en 2h42h47 sec.
Content d’arrivé mais pas satisfait de ma course à cause de cette histoire de crampes. Je m’en veux de ne pas avoir réussi à éviter des crampes sur une distance si courte. Après la Saintélyon je croyais avoir fini avec ces soucis mais apparemment je n’ai pas encore trouvé la bonne formule.
Il y a un repas d’après course, je mange tout puant en regardant le podium du 12km dont tous les participants sont douchés et puis je retourne à la voiture et je rentre chez moi
En conclusion, c’est un très bon Trail, avec un beau parcours. La vue est belle depuis le mont Thou malgré le sale temps, elle doit être vraiment bien quand il fait beau. Temps correct finalement, même idéal pour courir.
Je crois que je vais devenir un habitué et l’an prochain je reviendrai correctement préparé.
J’ai couru ce Trail 1km/h moins vite que les cabornis qui étaient pourtant sur des chamins comparables (mais plus court de 5 à 6km).
Objectif pour l'an prochain : Revenir et Courir à plus de 9 km/h
Bonne journée
Fabien